Comment nourrir 9 milliards d'hommes en 2050 ?

Updated on mars 2017

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Philippe Hallé / Pack shot

Tout ce que nous mangeons est issu de la terre et l'agriculture a toujours été un enjeu majeur pour l'humanité.

Pourquoi existe-t-il une aussi grande différence d'accès à l'alimentation entre les différents pays ? Et comment réussir à nourrir 9 milliards d'hommes en 2050 ?

M ta Terre examine dans ce dossier nos modes actuels de production et de consommation pour identifier les problèmes rencontrés et envisager des solutions.

Des solutions durables pour l'agriculture ?

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Stéphane LEITENBERGER / ADEME

Selon la FAO, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, il faudra augmenter la production agricole de 70 % d'ici à 2050 pour pouvoir nourrir 9,1 milliards de personnes.

Le défi de demain a donc plusieurs dimensions : il faut produire plus pour nourrir plus de bouches, en assurant pour tous un régime alimentaire équilibré et en respectant davantage l'environnement.

 

Cela passe par une agriculture qui consomme moins d'énergie (et d'autres énergies que le pétrole), moins d'eau, et préservant l'eau et la qualité des sols. Mais les changements viendront également de nos choix de consommation et de nos comportements.

 

Limiter le gaspillage alimentaire

Le gaspillage intervient à chaque étape de la chaîne alimentaire, depuis la culture du produit, jusqu'à sa consommation : lors de la transformation du produit, de son transport, mais aussi chez le détaillant, les restaurants, les foyers.

  • Dans les pays les plus pauvres, la majorité des pertes a lieu au moment de la récolte (15 à 35 % de perte dans les champs) et au moment de la fabrication, du transport et du stockage (10 à 15 %).
  • Dans les pays riches, le gaspillage se passe au niveau des consommateurs. En effet, nous jetons beaucoup (29 kg d'aliments jetés par an et par personne à la poubelle), parfois même des produits encore emballés (7 kg).

Il est donc capital d'apporter des moyens aux pays du Sud pour limiter les pertes lors de la récolte, et dans les pays du Nord, d'adapter notre consommation pour éviter les gâchis.

 

Adopter des choix alimentaires moins impactants pour la planète

Chaque aliment a un impact environnemental plus ou moins élevé. Chacun peut agir à son niveau pour s'assurer un régime alimentaire de qualité qui contribue également à préserver les ressources.

Avant tout, il s'agit d'avoir une alimentation la plus diversifiée possible en appliquant deux grands principes :

  • consommer des fruits et légumes variés, frais, de saison, produits localement et de manière plus respectueuse de l'environnement
  • favoriser les légumineuses à un niveau préconisé par les nutritionnistes. 

 

Quelle place pour les biocarburants ?

Pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre des voitures thermiques, des constructeurs ont mis au point des voitures fonctionnant avec des biocarburants. Issus de plantes cultivées telles que céréales, betteraves, colza, ou tournesol, soja ou palmier à huile, ils constituent une solution alternative aux carburants d'origine fossile.

Dans quelques pays (notamment en Amérique latine), la culture des biocarburants peut entrer en concurrence avec la production alimentaire. C'est pour éviter cela que d'importants travaux de recherche sont en cours afin de mettre au point des biocarburants de 2ème génération. Ces derniers sont issus entre autres de la biomasse (bois, paille...), des algues et de manière plus générale du vivant. Ils sont attendus sur le marché à l'horizon 2020.

 

Favoriser une agriculture vivrière, locale

Afin de permettre un accès égalitaire à la nourriture, les experts proposent de développer davantage l'agriculture vivrière dans les pays en voie de développement. C'est une agriculture « d'autoconsommation » directement liée à l'alimentation dont l'essentiel de la production est consommé par l'agriculteur et sa famille. Seul le surplus serait vendu sur les marchés locaux.

Cela permettrait également de réduire les émissions de gaz à effet de serre dues aux transports des récoltes du pays de production vers le pays de consommation.

 

Des modes de production alternatifs

L'agriculture biologique

Pour limiter la pollution et les impacts sanitaires liés aux intrants chimiques, certains modes de production comme l'agriculture biologique se développent. Cette dernière interdit l'usage d'engrais chimiques de synthèse et des pesticides de synthèse, ainsi que d'organismes génétiquement modifiés (OGM).

Selon les objectifs fixés par le Grenelle Environnement, la superficie de l'agriculture biologique devra représenter 6 % de l'espace national en 2012 et 20 % en 2020. De plus, le Grenelle veut encourager la consommation de produits issus de l'agriculture biologique, en fixant notamment l'objectif de 20 % d'approvisionnement de ces produits dans la restauration collective publique d'ici 2012.

Pour reconnaître les produits issus de ce mode de production, des labels existent :

La marque « AB »

Elle garantit que le produit contient au minimum 95 % d'ingrédients d'origine agricole biologique.

Le logo européen Agriculture Biologique

Depuis le 1er juillet 2010, ce logo est obligatoire sur les produits provenant de l'agriculture biologique.  Les consommateurs qui achètent des produits munis du logo européen "Agriculture biologique" peuvent être certains que ceux-ci :

- contiennent au moins 95 % d'ingrédients produits selon le mode biologique ;
- satisfont aux règles du régime d'inspection officiel ; 
- proviennent directement du producteur ou du préparateur dans un emballage scellé ; 
- portent le nom du producteur, du préparateur ou du vendeur et le nom ou le numéro de code de l'organisme d'inspection.

L'agriculture raisonnée

Moins exigeante que l'agriculture biologique, l'agriculture raisonnée mise en place dans l'Union Européenne dans le cadre de la PAC (Politique Agricole Commune) impose entre autres de limiter l'usage de produits engrais et pesticides, d'économiser les ressources en eaux et de pratiquer le tri des déchets. Il n'existe pas de label pour identifier les produits provenant de cette agriculture. 

L'agriculture « à haute intensité environnementale »

Des travaux d'expérimentation sont par ailleurs menés pour inventer une agriculture « à haute intensité environnementale » (ou « écologiquement intensive »), qui fasse « plus et mieux avec moins ».

Cela revient à :

  • favoriser la polyculture, c'est-à-dire associer des cultures différentes sur une même surface agricole et cultiver des espèces différentes successivement sur un même champ. Cela favorise la fertilité des terres et la protection de la diversité génétique.
  • tirer parti des éléments naturels (vers de terre, humus, champignons...). Par exemple, favoriser la présence des vers de terre dans les sols. Le fait de labourer les terres peut consommer beaucoup d'énergie, alors qu'il existe un autre moyen naturel de le faire : les vers de terre. Ils retournent la terre, facilitent l'absorption de l'eau et la poussée des racines et transforment les déchets en engrais. En les laissant faire, on économise l'énergie et on améliore la fertilité du sol.
  • sauvegarder les abeilles et la pollinisation. Elles sont indispensables pour polliniser les fleurs des plantes que nous mangeons. Pourtant, en quelques années, 25 % des abeilles de la planète ont disparu. Les experts expliquent cette disparition par la toxicité de certains pesticides, le réchauffement de la planète et plus généralement par les modifications de l'environnement.

Nourrir l'humanité en 2050 reste encore aujourd'hui une question ouverte. Nous savons que nous allons devoir faire face à plusieurs contraintes (explosion démographique, raréfaction des énergies fossiles, changements climatiques...) qui vont nous pousser à nous adapter et à trouver de nouveaux modes de production. Les chercheurs y travaillent. Mais comme dans tous les domaines, le changement sera possible seulement si tout le monde y participe à sa hauteur, chercheurs, agriculteurs... et consommateurs !

 

Pour en savoir plus :