Le saviez-vous ?
- Aujourd’hui, les écosystèmes ne peuvent absorber qu’un peu plus de la moitié du CO₂ émis par les activités humaines.
- Avec le changement climatique, la pollution et la perte de biodiversité, les capacités d’absorption des écosystèmes vont encore se réduire.
- Le captage du CO₂ est une piste intéressante pour compléter les efforts de réduction des émissions.
- Une fois capté, le carbone pourra suivre deux chemins : être stocké ou être utilisé.
Capter du carbone, ça sert à quoi ?
Si aujourd’hui la captation du CO₂ devient un sujet de recherche, c’est parce que nous cherchons des solutions pour limiter la quantité de CO₂ qui s’accumule dans l’atmosphère et qui augmente l’effet de serre. En effet, depuis la révolution industrielle, nous brûlons de grandes quantités de combustibles fossiles. Nous émettons beaucoup plus de carbone dans l’atmosphère que ce que la Terre peut absorber.
Initialement, le CO₂ suit un cycle qui permet de réguler sa quantité dans l’atmosphère. La Terre possède un stock de carbone dans différents « réservoirs » : une partie est stockée dans les sols (dans la matière organique, les tourbières…), et une autre partie se trouve dans les écosystèmes naturels, comme dans les mers, les océans et les végétaux grâce à la photosynthèse. Une dernière partie se trouve dans l’atmosphère sous forme de CO₂. Des échanges s’effectuent naturellement entre ces différents compartiments qui contiennent du carbone.
Les activités humaines ont perturbé le cycle naturel du carbone. En utilisant les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz fossile) qui contiennent du carbone ayant mis des millions d’années à se former dans le sous-sol, nous augmentons le flux de CO₂ vers l’atmosphère, et cela à forte intensité. Ainsi, ces émissions de CO₂ intensifient l’effet de serre et participent au réchauffement de la Terre.
Aujourd’hui, les écosystèmes naturels (forêts, océans…) ne peuvent absorber qu’un peu plus de la moitié du CO₂ émis par les activités humaines. C’est déjà énorme vu notre production, mais ce pourcentage va se réduire au fil des années.
Pourquoi ? Parce que, sous l’effet du changement climatique, les écosystèmes vont perdre de leur efficacité à capter nos émissions de gaz à effet de serre. L’absorption des océans ne sera plus aussi efficace et l’intensification des incendies va diminuer la capacité des forêts à capter du CO₂ tout en rejetant plus de CO₂ dû à la combustion des végétaux, un cercle vicieux qu’il faut à tout prix arrêter !
Source : CO₂ : faut-il capter pour décarboner ? – CNRS Le journal.
Pour limiter le changement climatique, il faudrait parvenir à atteindre la neutralité carbone : ne plus émettre à l’échelle mondiale plus de CO₂ que ce que la Terre peut absorber.
Pour atteindre cet objectif, les solutions sont nombreuses, et le captage du CO₂ est une piste qui intéresse beaucoup.
Et une fois le carbone capté, on fait quoi ?
L’idée, c’est de capter le CO₂ à la source pour ne pas le laisser s’échapper dans l’atmosphère. Une fois capté, il pourrait suivre deux chemins différents. Le dioxyde de carbone pourrait être :
- Capté et stocké (les spécialistes utilisent le terme de CCS qui signifie Carbon Capture and Storage en anglais) : le CO₂ capté peut être stocké entre des couches de roches par exemple. Pour cela, il faut réunir plusieurs conditions : une roche adaptée (dite « roche réservoir »), une roche de couverture imperméable au-dessus, et un mécanisme naturel de piégeage.
- Capté et utilisé (les spécialistes utilisent le terme de CCU qui signifie Carbon Capture and Utilization en anglais). Le CO₂ capté est transformé en une autre molécule utile, un carburant par exemple. Cela peut permettre de produire du e-kérosène, un carburant de synthèse particulièrement intéressant pour l’aviation qui peut se substituer au kérosène fossile aujourd’hui utilisé. Les premiers projets en France de production de e-carburants ont pour objectif d’être mis en service dès 2030-2035.
Schéma sur les solutions de captage, de stockage et d’utilisation du CO₂
Le schéma présente les différentes étapes du captage, du transport, du stockage et de l’utilisation du CO₂.
Sources de CO₂
Le CO₂ peut provenir des émissions de procédés industriels, de l’utilisation de combustibles fossiles, de sources biogéniques ou directement de l’atmosphère.
Captage du CO₂
Le CO₂ peut être capté dans des installations industrielles, des installations de production d’énergie ou directement dans l’atmosphère.
Transport du CO₂
Une fois capté, le CO₂ peut être transporté par gazoduc, navire, camion ou train.
Utilisation ou stockage du CO₂
Deux possibilités sont présentées :
- Utilisation comme intrant ou matière première : le CO₂ capté peut servir à produire des combustibles, des matériaux de construction, des plastiques ou d’autres produits.
- Stockage permanent : le CO₂ peut être stocké dans des formations géologiques souterraines, à terre ou en mer.
Source : ADEME, Captage, transport, stockage géologique et utilisation du CO₂ – Rapport final, 2026.
Capter du carbone, cela suffit pour stopper le changement climatique ?
Le stockage du carbone pourrait être une béquille intéressante, mais ce n’est pas une solution à part entière pour limiter le changement climatique, et cela pour plusieurs raisons :
- La capacité d’absorption est limitée. En mobilisant tout ce qui peut raisonnablement l’être sur les grands sites émetteurs actuels, le potentiel de captage représente moins de 30 % des émissions totales. La très large majorité de l’effort de décarbonation devra donc passer par d’autres voies (efforts de sobriété, d’efficacité énergétique, de changement de procédés…).
- Le stockage géologique de CO₂ ne peut pas se faire dans n’importe quelle zone. Les conditions de stockage géologique sont strictes. En France, le potentiel théorique est de l’ordre du milliard de tonnes, mais avec les contraintes économiques, techniques et territoriales, le potentiel exploitable sera plus faible.
- Les projets sont longs à mettre en place. Un projet prend environ 5 à 10 ans à se construire. Le projet norvégien Northern Lights, l’un des plus avancés d’Europe, a pris environ sept ans avant sa première injection en 2025.
- La solution est pour le moment très coûteuse. Capter et stocker le CO₂ suppose de bâtir de lourds équipements pour l’acheminer. Plusieurs réseaux régionaux commencent à se dessiner en France. Pour le moment, le stockage reste coûteux : chaque tonne captée, transportée et stockée grâce au CCS coûte plus de 200 € d’après les analyses des principaux émetteurs en France.
Source : ADEME, Captage de CO₂ pour son stockage géologique ou son utilisation (CCS/CCU) – Avis d’expert.
De plus, l’optimisation des ressources, grâce au progrès technologique, pourrait générer une tendance peu favorable à la réduction des émissions de gaz à effet de serre : si on sait capter du carbone, cela peut décourager les actions de tous les acteurs de la société pour réduire leurs émissions de carbone.
N’oublions pas qu’il est avant tout essentiel de réduire nos émissions de gaz à effet de serre pour lutter contre le changement climatique. Les dispositifs technologiques comme le captage de CO₂ ne doivent servir qu’à offrir des solutions complémentaires.
Solène Bouvier, ingénieure captage, stockage et valorisation du CO₂ à l’ADEME
FAQ
Le captage du CO₂, c’est quoi ?
Le captage du CO₂, c’est le fait de récupérer directement à la source les émissions de CO₂ des industries. L’objectif est d’éviter que le CO₂ ne rejoigne l’atmosphère et ne vienne augmenter l’effet de serre responsable du changement climatique. Une fois capté, le CO₂ peut être stocké dans les sols ou utilisé comme matière première pour produire d’autres produits comme des carburants.
Que veulent dire les termes CCUS, CCS et CCU ?
Ce sont des termes utilisés par les experts et les professionnels qui travaillent sur le stockage du CO₂.
Le CCUS (terme utilisé par les spécialistes signifiant en anglais « Carbon Capture, Utilization and Storage ») désigne l’ensemble des technologies permettant de capter le CO₂ provenant des usines ou de l’industrie.
- CCS (Carbon Capture and Storage en anglais) désigne les technologies de captage et de stockage du carbone dans le sol. Une fois capté, le CO₂ est destiné à être stocké dans des roches dites « roches-réservoirs » (des formations géologiques souterraines).
- CCU (Carbon Capture and Utilization en anglais) est une alternative pour valoriser le carbone capté qui devient alors une matière première dans d’autres industries. Il peut par exemple être transformé en carburant.
Pour aller plus loin
Captage du CO₂ : une filière qui se structure, un potentiel qui reste à affiner – ADEME infos
Six ans après son premier avis sur le sujet, l’ADEME actualise sa position sur le captage, le transport, le stockage et l’utilisation du CO₂. Si cet ensemble de technologies est aujourd’hui au cœur des politiques climatiques européennes et françaises, l’ADEME rappelle qu’elles ne doivent rester qu’un levier de décarbonation « de dernier recours ». Décryptage d’une dynamique nouvelle, à accompagner avec discernement.
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