À retenir
- Les neuf limites planétaires ont été établies par des scientifiques pour déterminer des niveaux de détérioration de certains processus. Elles indiquent des seuils à ne pas dépasser sans risquer de durablement affecter les conditions de vie sur Terre.
- Lorsqu’une limite est franchie, la stabilité des conditions dans lesquelles nous vivons est compromise, des changements massifs et irréversibles se déclenchent.
- Les limites planétaires sont interconnectées entre elles. Pour trouver des solutions, il faut prendre en compte toutes ces interconnexions, c’est ce qu’on appelle la pensée systémique.
Comment ont été établies les limites planétaires ?
Neuf limites planétaires ont été établies par une équipe internationale de chercheurs en 2009. Ces chercheurs ont défini des seuils à ne pas dépasser dans des processus biologiques, physiques et chimiques qui maintiennent des conditions favorables à la vie sur Terre.
Les 9 limites basées sur les processus naturels qui interagissent et forment ensemble le « système Terre » sont :
- le changement climatique ;
- l’érosion de la biodiversité ;
- la perturbation des cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore ;
- le changement d’usage des sols ;
- l’acidification des océans ;
- le cycle de l’eau douce ;
- l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique ;
- l’augmentation des aérosols dans l’atmosphère ;
- l’introduction d’entités nouvelles dans la biosphère (par exemple le plastique qui n’existe pas à l’état naturel).
Aujourd’hui, seules les deux dernières limites planétaires de cette liste n’ont pas encore été franchies.
Des limites planétaires interconnectées
Les limites planétaires sont liées entre elles et dépendent les unes des autres.
Par exemple, l’érosion de la biodiversité est en partie liée au changement climatique ainsi qu’au changement d’usage des sols.
Pour trouver des solutions efficaces, il faut donc prendre en compte tous les liens entre ces mécanismes. C’est ce qu’on appelle une approche systémique : les limites ne doivent pas être considérées comme des problèmes à traiter séparément mais comme un enjeu général.
Inventaire des limites planétaires
Le changement climatique
Depuis la révolution industrielle, la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère augmente à cause des activités humaines ce qui entraîne un réchauffement global de la planète et des changements climatiques.
On estime souvent la concentration de gaz à effet de serre en CO₂ équivalent.
Pourquoi ? Car le CO₂ est le principal gaz à effet de serre bien qu’il ne soit pas le seul !
En 1850, la concentration de CO₂ dans l’atmosphère était de 280 parties par million (ppm), en 2025 cette concentration atteignait les 426 ppm. La limite a aujourd’hui été nettement franchie.
Article – Les causes du changement climatique
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Article – Les conséquences du réchauffement climatique en France
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L’érosion de la biodiversité
L’état de la biodiversité est évalué en se basant sur le nombre d’espèces animales et végétales qui disparaissent par an sur un million. La limite pour rester dans l’espace de vie préservé sur Terre est fixé à 10 extinctions par an sur un million d’espèces. Pourtant, chaque année entre 100 et 1 000 espèces sur un million disparaissent dans le monde.
Découvrez les causes principales de la perte de biodiversité en lisant cet article :
Article – Biodiversité : faut-il craindre une extinction de masse ?
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La perturbation des cycles de l’azote et du phosphore (pollution massive par les engrais)
L’azote et le phosphore sont des éléments clés pour la croissance des plantes. Aujourd’hui ces nutriments sont utilisés en quantité massive comme engrais. Ces engrais se retrouvent ensuite dans les eaux usées, polluant les milieux aquatiques. Une des conséquences visibles de cette pollution est le développement des algues vertes à l’origine des marées vertes. Ces algues monopolisent l’oxygène et la lumière et empêchent d’autres espèces de survivre, c’est ce qu’on appelle l’eutrophisation. Leur dégradation libère des gaz qui peuvent être toxiques pour les êtres vivants.
Chiffres clés
190
Mt/an
quantité d’azote rejetée par les activités humaines
(la quantité devrait être inférieure
à 62 Mt/an)
17,5
Mt/an
quantité de phosphore rejetée par les activités humaines
(la quantité devrait être inférieure
à 6,2 Mt/an)
Le changement d’usage des sols
Le changement d’usage des sols est évalué en se basant sur les indicateurs de déforestation. Le changement d’usage des sols est principalement causé par l’extension des cultures (50 %) et des pâturages (38 %). L’urbanisation est responsable de 6 % de la déforestation.
Pour le bon fonctionnement de la planète, il est nécessaire de conserver 75 % des forêts historiques. Aujourd’hui, la limite a été franchie et seuls 60 % des espaces forestiers avant 1700 sont encore des espaces forestiers.
Article – Planter des arbres pour le climat, est-ce efficace ?
Les arbres jouent un rôle essentiel dans le cycle du carbone mais la forêt se fragilise et absorbe de moins en moins de gaz à effet de serre. Alors que faire ?
Article – Les forêts fragilisées par le changement climatique
La forêt française hexagonale augmente depuis des années mais elle fait aussi face à des menaces : des événements extrêmes dus au changement climatique, des maladies et des ravageurs, des sols abîmés par le passage répété d’engins et un déséquilibre de la biodiversité.
L’acidification des océans
La limite sur l’acidification des océans a été franchie en automne 2025 selon le rapport du Planetary Boundaries Science Lab.
Les océans sont des puits de carbone, ils absorbent 25 % du dioxyde de carbone (CO₂) présent dans l’atmosphère, ce qui permet de limiter le réchauffement climatique.
Une fois absorbé, le carbone se dissout dans l’eau, ce qui acidifie les océans. Cette acidification a des impacts importants sur la faune et la flore marine. Les phytoplanctons sont affaiblis et leur population baisse alors qu’ils sont à la base de la chaîne alimentaire marine. L’eau plus acide affecte aussi les coraux qui se développent moins bien. Les coraux représentent pourtant un écosystème essentiel pour de nombreuses espèces marines.
Article – Comment mieux protéger les océans ?
Acidification de l’eau, pollution plastique, perturbations de la flore et de la faune… Les océans subissent de profonds bouleversements. Plusieurs mesures se mettent en place pour mieux les protéger. Tour d’horizon.
Le cycle de l’eau douce
Le cycle de l’eau douce est perturbé par le changement climatique et par les prélèvements importants générés par les activités humaines.
En 2023, 15 % des sols sur la planète étaient en déficit hydrique alors que la limite est fixée à 11 %.
On dit que des terres sont en déficit hydrique quand il y a plus d’eau qui entre dans la terre que d’eau qui en sort.
Les scientifiques évaluent deux indicateurs : l’eau bleue et l’eau verte.
Pour en savoir plus sur le cycle de l’eau, consultez nos articles sur le sujet :
Article – Comment ça marche le cycle de l’eau ?
Depuis des milliards d’années, l’eau suit un immense circuit naturel appelé le cycle de l’eau. Cette eau est presque aussi ancienne que la Terre : c’est toujours la même eau qui se déplace entre les océans, l’atmosphère, les sols, les rivières et les nappes souterraines. Toutes les régions du monde n’ont pas le même accès à l’eau. L’eau est parfois une ressource rare, d’autant plus sous pression avec le changement climatique.
Article – Sécheresses, pénurie : comment partager l’eau ?
Avec le changement climatique, l’eau devient une ressource de plus en plus précieuse. Dans certaines régions, il faut déjà apprendre à partager l’eau entre les différents usages : eau potable pour les habitants, eau pour l’irrigation des champs, eau disponible pour les animaux sauvages et la nature… Comment les territoires s’organisent-ils pour éviter les conflits autour de l’eau ? Et quelles solutions existent pour s’adapter ?
L’appauvrissement de la couche d’ozone
La couche d’ozone joue un rôle de bouclier contre les rayons ultraviolets du soleil qui sont dangereux pour la santé humaine et l’environnement. Elle est donc essentielle pour maintenir de bonnes conditions de vie sur Terre.
La limite a été dépassée il y a de nombreuses années en raison des gaz présents dans les climatiseurs, les réfrigérateurs et certaines bombes aérosols qui ont été à l’origine de la destruction de l’ozone stratosphérique, ce qui a généré un trou dans la couche d’ozone.
Les gaz les plus dangereux ont été interdits par la réglementation et le trou de la couche d’ozone a commencé à se réduire.
L’augmentation de la présence d’aérosols dans l’atmosphère
Les aérosols sont des particules fines en suspension dans l’air qui peuvent être solides ou liquides. Une partie des aérosols est d’origine naturelle, comme les éruptions volcaniques ou les tempêtes de sable. Mais ces particules sont également produites par les activités humaines.
Les aérosols affectent le climat car ils réfléchissent le rayonnement solaire (ce qui provoque un refroidissement), ils peuvent également absorber les rayonnements (ce qui réchauffe l’atmosphère). Ces particules fines représentent un danger pour la santé des humains.
L’Organisation mondiale de la santé estimait que 4,2 millions de personnes sont décédées prématurément à cause de la pollution de l’air extérieur en 2019.
Source : notre-environnement – Limites planétaires.
Consultez notre article pour mieux comprendre ce qui pollue l’air que l’on respire :
Article – La pollution de l’air
L’air que nous respirons n’est pas toujours de très bonne qualité en ville comme ailleurs. Les sources de pollution sont multiples et les solutions aussi !
Les rejets de substances nouvelles dans la nature
De nombreuses substances sont créées par les humains et font peser un risque sur l’environnement, comme les plastiques, les pesticides, les médicaments, les organismes génétiquement modifiés… Ces substances menacent la santé des humains, des animaux et des écosystèmes.
Pour mesurer cette limite, les scientifiques se basent sur le pourcentage de produits rejetés dans l’environnement sans test de sécurité adapté. Aujourd’hui, 50 fois plus de produits sont mis sur le marché mondial qu’en 1950. Sur les 350 000 substances commercialisées, très peu ont été évaluées sur leurs dangers pour la santé et l’environnement.
Pour en savoir plus sur des substances dont on entend parler de plus en plus souvent, consultez notre article sur les PFAS :
Article – Les PFAS ou « polluants éternels », qu’est-ce que c’est ?
Les PFAS, il y en a partout et on en entend beaucoup parler, mais que sont-ils vraiment ? Tout ce qu’il faut savoir sur les « polluants éternels », c’est par ici !
Que se passe-t-il quand une limite est franchie ?
Le franchissement d’une limite ne se fait pas du jour au lendemain, le changement est graduel :
- Lorsqu’un premier seuil est franchi, cela indique que nous entrons dans une zone d’incertitude.
- Lorsque le second seuil est dépassé, nous entrons dans un stade de haut risque qui peut entrainer des changements massifs et parfois irréversibles.
Lorsque les limites planétaires sont dépassées, la stabilité de l’Holocène est menacée. Chaque fois qu’une limite est franchie, nous nous rapprochons d’un point de bascule qui pourrait compromettre les conditions actuelles, favorables à la vie sur Terre.
Qu’est-ce que l’Holocène ?
L’Holocène est le nom qu’on donne à l’ère géologique qui a débuté il y a un peu moins de 12 000 ans. C’est le terme qui désigne la période la plus récente de l’histoire de la Terre, débutant il y a environ 11 700 ans et se poursuivant jusqu’à nos jours.
Quelles solutions une fois les limites planétaires dépassées ?
Une fois que les limites planétaires sont franchies, pas moyen de revenir en arrière, les effets sont irréversibles la plupart du temps.
Mais des leviers existent pour freiner les impacts sur les conditions de vie sur Terre. Parmi ces leviers, on retrouve :
- la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre ;
- la protection et la restauration des écosystèmes côtiers ;
- la régulation des activités maritimes ;
- le renforcement de la coopération internationale ;
- …
Avec une bonne coopération internationale et de réels engagements, des avancées encourageantes sont possibles. Grâce au protocole de Montréal signé en 1987, par exemple, la couche d’ozone s’est largement réduite en presque 40 ans.
FAQ
Quand une limite planétaire est dépassée, est-il possible d’inverser la tendance ?
Quand une limite planétaire est dépassée, les changements sont irréversibles au moins pour une très longue période. Par exemple, une fois une forêt détruite, il faudra des décennies, voire des siècles, pour recréer une forêt aussi riche en biodiversité.
A quoi ça sert de définir des limites planétaires ?
L’intérêt des limites planétaires est de pouvoir suivre la progression des perturbations des phénomènes naturels. En effet, sans un suivi précis et régulier, il peut être assez compliqué de quantifier les effets des activités humaines.
Pour aller plus loin
Article – Tout savoir le développement durable
Nos modes de vie sont peu durables et génèrent des impacts importants sur la planète. Pour construire un monde plus écologique, plus solidaire et plus équitable, nos sociétés doivent s’organiser avec de nouveaux objectifs : les fameux 17 objectifs de développement durable.
Article – Comment réagir face au changement climatique ?
Réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre est indispensable pour limiter le réchauffement sous 2 °C au cours du siècle. Mais les effets du changement climatiques sont déjà là et il nous faut nous y adapter. Tour d’horizon des solutions.
Article – Limites planétaires
Comment évaluer l’impact des activités humaines sur la planète ? Jusqu’à quel point la nature peut-elle supporter les pollutions ? Pour répondre à ces questions, une équipe internationale de chercheurs a défini le concept des neuf limites planétaires.